LES DROITS DE L’INDIVIDU

L’Occident vit depuis 1948 sous le régime institué par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Il se trouve que la formule « les Droits de l’Homme » est désormais dotée d’une extension fréquente : « Droits de l’Homme et de l’Individu ». C’est en s’appuyant sur cette nouveauté que nombre d’ « individus » manifestent une très nette tendance à n’entendre plus que l’extension et à se prévaloir uniquement des « Droits de l’Individu » pour adopter, face à la communauté humaine tout entière et à ses différentes juridictions, une attitude nouvelle que n’avaient certainement pas prévue les rédacteurs de la Déclaration universelle et qui mérite d’être analysée de près, tant elle se révèle calamiteuse pour la République.

I. CADRE.

L’ensemble des trente articles de la Déclaration universelle cerne sans doute– même imparfaitement, même avec des failles  – ce que l’AO appelle « le Politique ». Ces trente articles sont informés, dans leur profondeur, sans que celle-ci soit jamais nommée, par la transcendance vraie, c’est-à-dire la seule : l’Humanité. Il n’est plus question d’une quelconque entité surnaturelle comme celle qui domine par exemple la Constitution des États-Unis (In God we trust), transcendance fausse, archi-fausse et perfide : il est question de l’Homme, uniquement de l’Homme, totalement de l’Homme, l’Homme tel que nul ni rien ne le contraint ni ne l’agenouille – que rien ne scandalise. De cet Homme chaque individu est une incarnation unique ; de cette Humanité, chaque individu est un représentant total. Le Politique se définit par son but, lequel est d’établir les conditions dans lesquelles chaque individu a « le droit » de vivre pour réaliser au mieux l’intégralité de son Être le plus authentique. Sans doute n’est-il pas possible de se porter et de se situer davantage au centre de l’Humain qu’en envisageant le Politique et la réalisation juridique qu’en propose la Déclaration universelle, et en s’avisant que le Politique, idéalement, coïncide parfaitement avec la Loi. En effet, c’est la Loi même que tout ce qui est vivant atteigne son plein accomplissement, la plénitude de son Être ; dès lors le Politique épouse parfaitement la Loi puisqu’il lui incombe de mettre tout en en œuvre pour que cet accomplissement soit possible.

Autrement dit, tout individu humain étant unique, il a le droit de réaliser pleinement sa Différence tout autant que le devoir de respecter celle d’Autrui, et le Politique est précisément cette entreprise qui consiste à garantir à chacun la possibilité de cette réalisation personnelle, c’est-à-dire à rendre possibles comme à protéger les Processus – le Processus, ou l’aventure élémentaire et périlleuse. Autrement dit encore, le Politique consiste à détecter les Systèmes partout où ils cherchent à assurer leur Pouvoir sur les individus, ou à cerner le Religieux et à lui faire échec – étant bien entendu que le Religieux déborde infiniment la religion puisqu’il est en fait l’ensemble des régimes fonctionnant à base d’Injonctions, à savoir instituant la violence. Le Politique peut donc se définir également comme le contenu de la Volonté de tous d’assurer le bien commun ou l’intérêt général, en éradiquant le Religieux qui n’émane jamais que du Désir de quelques-uns d’imposer à tous leur intérêt particulier (« Dieu » étant le Mythe le plus ancien et le plus accompli destiné à dissimuler cette violence).

II. INDIVIDU ET CITOYEN.

Le cadre clairement défini, qu’observe-t-on chez ceux qui font valoir haut fort leur « droit à la différence » en se réclamant de la Déclaration des droits universels et surtout ceux de « l’individu » pour imposer à la société n’importe quelle particularité qu’ils nomment leur « identité » ?

Ici, l’AO distingue deux cas.

1. Les petits dieux.

D’une part, il apparaît que, trop souvent, ces prétendus « individus » excipent de leur « droit à la différence » pour faire de leur Différence, que chacun se doit de respecter, une Distance, devant laquelle tout le monde leur doit de s’incliner. Bien loin d’observer les lois et de chercher à s’accomplir dans le cadre qu’elles définissent, ils ne sont plus qu’une Injonction adressée à tous : « Respectez-moi ! » – ce respect étant en fait le Mythe qui dissimule la révérence voire la soumission qu’ils exigent, à savoir la violence qu’ils exercent sur Autrui. Ils ne sont justement plus des individus mais bel et bien des petits dieux. Ils ne sont plus les acteurs de leur Volonté mais la proie fanatisée de leur propre Désir. Trop souvent, ils confondent leur dignité avec leur vanité, et au lieu de travailler à leur accomplissement dans le cadre de la République, chacun d’eux fonde un petit Système personnel en érigeant au-dessus de tous leur individu en majesté. Selon leur logique, la société n’est plus le lieu commun où chacun œuvre à son Processus en harmonie avec tous les autres, mais une juxtaposition anarchique de tous ces petits Systèmes intolérants et tyranniques. En un mot, ils bafouent voire assassinent le Politique pour tout contaminer sinon tout pourrir de Religieux.

2. Les idiots utiles de Dieu.

D’autre part, il faut prendre garde que, derrière « l’individu », se cache trop souvent un groupe d’influence par lequel il est manipulé. Au premier rang de ces groupes – et c’est le meilleur à savoir le pire exemple aujourd’hui – le lobby islamiste. Tel se croit plein d’Allah qui n’est en fait que la marionnette plus ou moins hystérique de ces champions du Religieux-religion et fossoyeurs du Politique que sont les Frères Musulmans ou autre salafistes, lesquels ont empli son vide ontologique de toute leur idéologie et de toutes leurs Injonctions très sensiblement fascisantes. Ces « individus » ne sont au vrai que des instruments aux mains de ces groupes qui n’ont pour but que d’infiltrer la République, d’afficher ses signes partout dans son paysage et de faire retentir ses slogans partout dans sa rhapsodie.

C’est pourquoi s’impose dans le cadre de l’AO que les « Droits de l’Homme et de l’Individu » doivent le céder aux « Droits de l’Homme et du citoyen ».

La différence entre le citoyen et l’individu ?

Le premier est plein de son Être et adhère au Politique en toute conscience ; le second est un Être vide et se voue au Religieux sans même le savoir. Le premier enrichit de toute sa Volonté la transcendance vraie ou l’Humanité ; le second engraisse de tout son Désir la transcendance fausse ou sa petite personne, qu’il confond bien souvent avec son trop grand dieu ou sa trop lourde idole. Le citoyen est l’Adulte qui travaille à la République une et indivisible parce qu’expression de l’intérêt général ; l’individu est le Comparse qui s’acharne à imposer un communautarisme éclaté expression de tous les intérêts particuliers. Loi/citoyen/Volonté du côté du Politique ; Mythe/individu/Désir du côté du Religieux.

III. LE DROIT DE L’INDIVIDU-CITOYEN.

Si bien qu’il s’impose de redéfinir « le droit de l’individu ».

Celui-ci ne doit pas être le Désir autistique de l’individu dans quelque Système mais le droit inaliénable du citoyen dans la République. Il n’est absolument pas celui du Comparse de s’imposer à tout le monde mais celui pour chacun d’accéder à sa propre Souveraineté. Il n’est absolument pas celui pour tel ou tel de manifester sa propre aliénation mais celui pour chacun de faire preuve à chaque instant de son engagement. Il n’est absolument pas celui du Comparse/Croyant d’exhiber agressivement ce vide ontologique qu’il appelle son « identité » mais celui de chacun de réaliser pleinement son Être.

Le droit de l’individu est celui pour chacun de mener aussi loin que possible son Processus, lequel est une aventure intime sinon secrète : le droit de l’individu ne peut donc pas être la pleine latitude que s’octroient certains de transformer la société en une sorte de foire exposition où ils étalent complaisamment et impunément leur croyance, leur « genre » ou leur statut de (pseudo) victimes.

Le droit de l’individu-citoyen implique une décence : le Désir seul en fait une presque obscénité.

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